« Rien de plus vivace que la peur, sans elle, nous serions bien peu de choses. C’est une tendance caractéristique de l’homme que de s’abandonner à la peur. Point de peur qui se perde, mais les cachettes de la peur sont insoupçonnables. Parmi tout ce qui existe en l’homme, ce sont peut-être bien les peurs qui se transforment le moins. Quand je songe à mes jeunes années, ce sont mes peurs, infiniment nombreuses, que je reconnais avant tout. Il en est, parmi elles, que je ne découvre qu’aujourd’hui, il en est d’autres que je ne découvrirai jamais. ; en elles réside, me semble-t-il, le mystère qui me donne envie de vivre éternellement ».
Elias Canetti, Histoire d’une jeunesse : la langue sauvée, Albin Michel, 2005