On s’ouvre au vaste monde et l’on ne voit plus ce que l’on a sous le nez. On décide fort prétentieusement de ce qui est important pour soi et de ce qui ne l’est pas. Toutes les lignes de l’expérience sont tracées d’avance sans qu’on le sache ; ce que l’on n’est pas encore capable d’exprimer se dérobe également au regard. Si pressante est la soif de savoir que l’on passe à côté de bien des choses sans même s’en apercevoir.
Elias Canetti, Histoire d’une vie : le flambeau dans l’oreille, Albin Michel, 2005
Pendant des années, chacun d’entre nous s’est élancé à l’extérieur ; « le monde », ce que l’on considère comme « le monde » se définissait presque par cet extérieur. (...)