« Flaubert disait qu’on ne peut penser qu’assis. Nietzsche affirmait que seules les pensées que l’on a en marchant valent quelque chose. Le vélo réconcilie Nietzsche et Flaubert en réunissant les deux conditions, car nous sommes à la fois assis et en marche quand on pédale ».
Guillaume Martin, « Socrate à vélo », Grasset, 2019
Le vélo n’est pas seulement l’hybridation du corps et de l’esprit, il permet aussi de réconcilier Nietzsche et Flaubert, alors pourquoi s’en passer? Guillaume Martin, 21e du dernier Tour de France et diplômé de philosophie, a inventé le mot « vélosophe » pour exprimer la philosophie du cyclisme, la sagesse, les réflexions, qui peuvent en émaner. Pointant la dimension hybride du vélo (assis et en marche!), ce jeune homme est lui-même un centaure mi-cycliste mi-philosophe. Un centaure, comme il y en a de plus en plus, dans le monde qui nous entoure. Des êtres mi-ceci, mi-cela, des êtres qui appartiennent à plusieurs mondes à la fois et qui les métissent, au-delà de leurs différences.
Les êtres humains ne sont pas les seuls à devenir de plus en plus hybrides: les objets, les entreprises, la politique, les genres, les villes, les modes de consommation et de commercialisation n’échappent pas à ce processus d’hybridation accélérée du monde. Et c’est une chance extraordinaire que nous avons-là, puisque ces « centaures » nous obligent à revoir toutes nos définitions: qu’est-ce qu’un cycliste? Qu’est-ce qu’un philosophe? Le vélosophe n’entre dans aucune de nos cases et nous invite à lui fabriquer une case sur-mesure, en forme de vélosophe. En faisant éclater toutes nos cases, toutes nos catégories, l’hybride nous rend plus intelligents, - puisqu’il nous remet en question, avec nos préjugés -, plus créatifs, - puisqu’il nous encourage à créer sans cesse de nouvelles cases -, et surtout, plus humbles et moins dogmatiques… Nous avons tout à gagner à regarder avec bienveillance les hybrides autour de nous et à laisser un peu plus de place au centaure qui sommeille en chacun de nous! (Pour en savoir plus: Gabrielle Halpern, « Tous centaures! Eloge de l’hybridation« , Le Pommier, 2020)