« Je ne t’ai donné ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier, ô Adam, afin que ta place, ton visage et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. La nature enferme d’autres espèces en des lois par moi établies. Mais toi que ne limite aucune borne, par ton propre arbitre, entre les mains duquel je t’ai placé, tu te définis toi-même. Je t’ai mis au milieu du monde, afin que tu puisses mieux contempler autour de toi ce que contient le monde. Je ne t’ai fait ni céleste, ni terrestre, ni mortel ni immortel, afin que souverain de toi-même, tu achèves ta propre forme librement, à la façon d’un peintre ou d’un sculpteur. Tu pourras dégénérer en formes inférieures, comme celles des bêtes, ou, régénéré, atteindre les formes supérieures qui sont divines ».
Jean Pic de la Mirandole, Discours sur la dignité humaine, Paris, PUF, 1993 (écrit en 1482).
Commentaire de Gabrielle Halpern:
Pourquoi remettre au goût du jour le philosophe humaniste italien du 15e siècle, Jean Pic de la Mirandole? Parce que ce que la pandémie du covid-19 révèle, c’est surtout l’être humain, dans ce qu’il a de plus beau et de plus laid à la fois. Entre ceux qui veulent faire partir leurs voisins de palier qui sont des personnels de santé par peur qu’ils les contaminent et ceux qui apportent des courses aux personnes âgées de leur immeuble; entre ceux qui volent des masques et du gel hydroalcoolique et ceux qui ne comptent pas leurs heures pour la santé publique, il y a de quoi se demander si l’être humain est un diable ou un dieu qui s’ignore… La réponse est simple: elle se situe dans le libre-arbitre. Chacun d’entre nous se définit lui-même et nous ne sommes que ce que nous faisons!