« Seul l’anéantissement enseigne la valeur de ce qui existe (…). C’est encore la grande obscurité qui précède le jour, ici, et l’on aperçoit à peine une timide lueur de l’aurore flamboyante, mais ce pressentiment de la chaleur de la vie en devenir est admirable. D’autres n’ont peut-être ressenti ici que la grisaille de la destruction, mais pour ma part, j’ai pris de plus en plus fortement conscience, en ces lieux, que dans la profondeur de la souffrance habite une certaine force de vie qui n’est comparable à rien d’autre sur Terre, une ivresse de reconstruction, une intensification de la volonté intérieure qui ne connaît pas la journée ordinaire. Je croyais que rien ne pouvait dépasser en puissance la guerre, mais j’ai bientôt senti que l’énergie qui en vient à bout est plus puissante encore ! »

 

Stefan Zweig, « Convalescence de la Galicie » (Vienne, 31 août 1915), Seuls les vivants créent le monde, Robert Laffont, 2018