Interview de Bernard Giudicelli, Président de la Fédération Française de Tennis
Une question personnelle : je sais que vous êtes attaché à la Corse, qui est aux avant-postes de l’épidémie du Covid-19. Vous avez travaillé pendant plusieurs années, à Bastia, au sein de la mission locale. Quel message souhaitez-vous délivrer à nos amis de l’île de beauté ?
Que je suis fier d’eux. Dans l’adversité, les Corses savent se serrer les coudes. Les gens sont restés chez eux car tout le monde se connaît et personne n’a voulu prendre de risque pour soi, pour les siens mais aussi pour les autres. Il n’y a plus de malades en réanimation à l’hôpital de Bastia. C’est une première victoire mais il faut continuer à respecter la distanciation sociale et le confinement.
Tous les acteurs du tennis français sont inquiets. Le Comité exécutif de la Fédération Française de Tennis a approuvé un plan de soutien de 35 millions d’euros pour l’ensemble de l’écosystème français. Pouvez-vous nous décrire les principales mesures adoptées ?
Dès le début de la crise j’ai été attentif aux signaux d’alerte que j’ai reçus de notre écosystème. Et je remercie nos collaborateurs qui ont bâti ce projet en quelques jours car l’inquiétude des acteurs du tennis français est profonde. On oublie que le sport est un employeur important de l’économie sociale et solidaire qui est touchée comme tous les secteurs d’activité en France. On ne pouvait pas être attentistes et raisonner en occultant ce qui est essentiel dans l’ADN d’une institution comme la nôtre, la solidarité. Il est de la responsabilité des dirigeants, dans leur domaine respectif, de tout mettre en œuvre pour préserver ce qui peut l’être. Nous le devons à tous ceux qui vivent du tennis mais aussi à tous les pratiquants. La Fédération Française de Tennis célèbre son centenaire cette année, c’est une institution solide, pérenne, qui veille aussi bien sur le patrimoine matériel qu’immatériel du tennis français.
Ce plan de soutien et de relance à travers la mise à disposition d’un fonds de 35 millions a donc été très rapidement décidé dans ses grands contours. Il était important d’envoyer un message fort, de rassurer, afin que chacun garde espoir dans cette période où il est si facile de douter.
Nous finaliserons de concert avec toutes les parties prenantes du tennis français les modalités de ce plan visant à soutenir et accompagner les clubs, les enseignants, les joueurs, les arbitres professionnels mais aussi les tournois qui n’ont pas pu se tenir. Le mot d’ordre est réactivité et proximité. Il est évident que le soutien et la relance de l’écosystème tennistique est l’affaire de tous et nécessitera une forte implication des différentes instances du tennis français, dans l’ensemble des territoires, dans un esprit constructif de solidarité au service de la même cause.
Le Président de l’Association de Tennis Professionnel a validé les nouvelles dates du tournoi de Roland Garros du 20 septembre au 4 octobre. Une grande partie de la saison pourra-t-elle encore être sauvée ?
Le Président de l’ATP a effectivement pris acte de notre décision de préserver le tournoi de Roland-Garros qui rappelons-le est la ressource principale du tennis français mais participe également à l’économie du tennis international. Ces dates ont été choisies pour ne pas nuire aux tournois majeurs. L’ATP travaille sur l’hypothèse d’un calendrier qui permettrait de sauver une petite partie de la saison. Chacun est conscient que toutes ces prévisions se font en toute humilité, in fine, nous sommes tous à la merci de la maîtrise de cette pandémie. Le Tour de France et le tournoi de Roland-Garros, qui sont des RDV récurrents depuis des décennies et rythment en quelque sorte le paysage sportif français et international seront, nous l’espérons, un formidable signe d’espoir de reprise.
Vous avez pris une très belle initiative en mettant à la disposition de l’AP-HP le centre national d’entraînement. Comment ce dispositif s’organise-t-il ?
Comme tous les citoyens, j’ai été particulièrement touché sur les réseaux par les messages des soignants. Dans mon passé, j’ai bossé avec Martin Hirsch. Et son appel télévisé un soir m’a profondément touché. On venait de fermer notre centre national d’entraînement. C’était une évidence d’apporter notre contribution en mettant à disposition de l’AP-HP les 38 chambres normalement occupées par nos jeunes en formation. Je n’ai eu que l’idée. Après il y a eu une formidable chaîne de solidarité. Notre directeur général a pris l’affaire en main avec notre « Doc » Bernard Montalvan et à eux deux ils ont rendu tout cela possible avec une modestie incroyable.
L’organisation repose sur une collaboration étroite. De la mise en place de la sécurité 24h/24, des dispositifs de jour et de nuit, de la stricte logistique d’hygiène, de l’assistance du personnel soignant, aux protocoles de prises en charge, chaque détail a été étudié afin de réduire au minimum toute marge d’improvisation. Les premiers malades ont été accueillis le dernier week-end de mars. Ces patients ne sont plus en phase critique mais sont toujours contagieux et ne peuvent pas encore rentrés chez eux. Nous espérons que ce cadre bien qu’inhabituel, contribue à adoucir le confinement des malades, notamment par le biais de petits extras que nous sommes en mesure de leur apporter, comme des séances de gym par exemple.
De nombreuses écoles de tennis se posent la question de la reprise de l’entraînement, dans le cadre d’un déconfinement progressif. Auriez-vous des éléments de réponse à leur communiquer?
Pour le moment, nous sommes assujettis aux décisions étatiques. La reprise de l’entraînement et de la pratique dans le cadre des clubs se fera en accord avec le plan de dé-confinement gouvernemental. Je souhaite néanmoins insister sur le fait que l’activité des clubs de tennis en France va bien au-delà du simple enseignement. Chaque structure participe au lien social et celui-ci n’est pas rompu dans ce moment d’adversité. Notre vocation première est d’assurer la pérennité de la pratique du tennis qui peut se décliner de bien des manières. Pour un Président de fédération, j’ai actuellement matière pour exprimer ma fierté et reconnaissance envers les bénévoles et les professionnels qui animent le tissu tennistique sur notre territoire. Il suffit d’aller sur les différents sites et plateformes pour constater l’ingéniosité de chacun à ne pas rompre le lien et à faire preuve d’ingéniosité pour explorer tous les moyens à leur disposition pour distiller des conseils, aussi bien dans la pratique, que dans la formation et le maintien de la communication entre tous.
Dans le cadre de la gestion de cette crise sanitaire et de la gouvernance sportive, comment les relations avec le Ministère de sports et avec les autres fédérations sportives s’organisent-elles ?
C’est tout le tissu des clubs fédérés qui est menacé. Tous les présidents de Fédération se sont réunis à l’initiative du président du CNOSF Denis Masseglia lors d’une réunion en visio. Nous avons décidé de nous rassembler pour apporter une réponse collective qui réponde à la fois au besoin de solidarité mais aussi de relance. Nos disciplines obéissent à des rythmes, à des saisonnalités, à des fonctionnements différents. Nous avons le souci de proposer à Madame la Ministre un plan efficace et responsable. Et surtout de le faire vite. Chaque jour qui passe met en danger la survie de clubs fédérés et des centaines d’emplois.
Avez-vous un message personnel à délivrer à tous les passionnés de tennis en France?
Qu’ils prennent soin d’eux, des leurs et des autres. Rien ne vaut de mettre sa vie en danger. Je sais qu’ils sont tous impatients de reprendre le chemin des courts pour aller taper la balle, mais aussi de retrouver le club et toute leur communauté sportive. Tous les jours, je reçois des messages, mais pour l’instant, je réponds : restez chez vous. Ce virus, ce n’est pas une petite grippe. Que chacun prenne du temps pour soi et pour sa famille, c’est le plus important. Je leur promets qu’on sera très proactifs, dès qu’il sera possible d’entrevoir la reprise avec quelques innovations appréciables.