« Le jeu de l’art consiste à confondre les échafaudages, les nominations, les cellules, les superstructures conceptuelles et à instaurer de nouvelles métaphores et métonymies ».

Nietzsche Friedrich, Le livre du philosophe, traduit par Angèle Kremer-Marietti, Paris, Éditions Flammarion, 2014.

Cette formidable invitation à la confusion du philosophe Friedrich Nietzsche est d’une incroyable actualité. Alors que nous avons jusqu’à présent pensé nos vies, nos métiers, nos manières de travailler, de consommer, de vendre, de nous former, de jouer, de visiter, d’habiter, de nous mouvoir d’une manière extrêmement claire, distincte et ordonnée, la crise du Covid-19 nous pousse dans nos retranchements et hors de nos cases. La clarté ? Inutile ! La distinction ? Mais pourquoi faire ?! L’ordre et le rangement ? Dangereux !

Et de fait, la crise du Covid-19 est un appel à confondre les échafaudages, les nominations, les superstructures… Les masques de plongée s’invitent dans les hôpitaux, les panchos se transforment en surblouses médicales, les pistes d’aéroport se métamorphosent en cinéma de plein air, les restaurants s’invitent dans les rues, les boulangeries et les librairies se confondent et l’on peut désormais acheter une baguette et un Baudelaire !

Formidable hybridation qui conduit à des innovations, à des idées nouvelles, à de la créativité pure et simple. On crevait de la spécialisation, des silos et des couloirs de nage, de ces cases qui nous enferment, de la mono-discipline académique, de cette omniprésence de l’identité, de notre pulsion d’homogénéité. L’identité est morte, vive l’hybridité !