« Le regard humain a le pouvoir de donner de la valeur
aux êtres cela les rend plus coûteux »
Jacques Roubaud, Quelque chose noir, Gallimard, 2001
Le poète Jacques Roubaud, né en 1931 et au programme du concours de Lettre modernes de l’École Normale Supérieure en 2008, a écrit sans doute l’une des plus belles œuvres sur le deuil, avec son ouvrage Quelque chose noir. Son écriture même est évocatrice du manque, de l’absence, avec ces espaces impromptus entre les mots. La mort s’y matérialise, physiquement.
En ce temps de confinement, nombre d’entre nous se sentent impuissants : impuissants à décharger les uns de tout ce qu’ils ont à faire, impuissants à soulager les autres de toute leur solitude, impuissants devant ce virus qui accable les nôtres, impuissants devant nos postes de télévision et de radio qui nous apportent les mauvaises nouvelles du jour et du monde. Mais avec notre regard, nous devenons tout-puissants ! Parce que Roubaud le dit : notre regard a le pouvoir de donner de la valeur aux êtres…
Nous ne sommes pas responsables du regard de l’autre, mais nous sommes responsables de celui que nous portons sur l’autre. La seule chose dont nous soyons vraiment, réellement propriétaires en ce monde, - et c’est ce que nous emporterons au paradis comme en enfer -, ce sont nos regards : ceux que nous avons portés, comme ceux que nous avons refusés. Nous en sommes responsables, pour l’éternité. Alors, ouvrons l’œil, et le bon !