« Lorsque le combat s’éternise, que personne ne parvient à prendre le dessus, abandonnez votre stratégie et votre attitude de départ. Reconsidérez la situation d’un œil neuf, changez radicalement le rythme et prenez ainsi l’avantage. Du premier signe de stagnation, n’hésitez pas à vous renouveler. En reprenant tout à zéro, vous créez de nouvelles possibilités de victoire. Ceci vaut aussi dans le contexte collectif des batailles. Ce n’est que par la sagesse issue de la pratique de l’art du combat que l’on parvient à adopter rapidement de nouvelles perspectives et à mettre au point de nouvelles stratégies ».
Miyamoto Musashi, Le livre des cinq roues, Traduction d’Alexis Lavis, Presses du Châtelet, 2009
Philosophe, peintre, calligraphe et escrimeur, Miyamoto Musashi (1584-1645) était l’une des figures emblématiques du Japon. Cet ouvrage de stratégie, « Le Livre des cinq roues », est avant tout un manuel d’étude employé dans son école de sabre. Ses principes fonctionnent tout aussi bien dans les arts martiaux, qu’à la guerre ou dans tout autre domaine. Il nous invite à l’une des choses les plus difficile qui soient : se réinventer, repartir à zéro, renouveler sa stratégie.
Pour ce faire, il faut d’abord s’avouer à soi-même (et donc aux autres) que la stratégie actuelle ne convient plus et qu’il faut la modifier. Puis, il faut, en quelque sorte, mettre de côté le passé pour ne pas s’y laisser enfermé.
Le plus important ici est l’idée d’une « sagesse issue de la pratique » : il ne s’agit pas de théorie, mais d’expérience. Se faire un œil neuf est un entraînement ; on se renouvelle, on se réinvente, comme on se muscle. Et plus on a emprunté le chemin qui fait repartir à zéro, mieux on sait y retourner, quand la situation le requiert. Il n’y a pas de miracle : les yeux neufs sont comme les biceps durs des sportifs, on ne les acquiert qu’au prix de l’effort !